• Un petit compagnon remuant

    Après cette étape très agréable à la ferme Mangeon, j'ai continué mon voyage. Deux jours s'étaient écoulés. J'approchais de la Rochelle lorsque de petites traces de sang ont retenu mon attention. J'ai remarqué alors la présence d'un ours en peluche, un doudou comme en ont la plupart des jeunes enfants. Ce détail m'a tout de suite alerté. Je me suis précipité pour porter secours à celui qui l'avait perdu.

    Un petit compagnon remuant

    Suivant la trace laissée par le sang, je me suis enfoncé dans la forêt et j'ai découvert un garçonnet assommé contre les racines d'un arbre. Anxieux, je me suis approché et l'ai soulevé pour mieux l'étendre sur le sol. Il est heureusement revenu à la vie et semblait se porter comme un charme. Les blessures qui parsemaient son corps, étaient fort heureusement, des éraflures !

    En m'apercevant, l'enfant est devenu très méfiant. Il me connaissait pas. Sa réaction est très saine et démontre que celui-ci a été très bien éduqué. peu à peu, déployant toute ma diplomatie, j'ai su gagner sa confiance et j'ai soigné ses plaies. Il m'a ensuite dit son nom, Evan, puis conté sa triste histoire : ses parents ont divorcé quand il était tout petit et son père n'a depuis jamais de temps pour lui. Le garçon en était terriblement triste et s'est mis en tête de se rendre seul à Royan pour interroger son père si celui-ci l'aimait afin de pouvoir tirer un trait définitif sur lui si la réponse aurait été négative. Il avait même déjà fugué de nombreuses fois mais avait été arrêté chaque fois en sortant de Niort.

    Evan...

    Mon petit Evan...

    Je me souviendrai toujours de toi. Tu es apparu dans ma vie par le plus grand des hasard, nous sommes restés ensemble que peu de temps et nos chemins ne se recroiseront sans doute plus jamais. Pourtant... Pourtant, le petit être que tu étais a laissé à jamais une empreinte indélébile dans mon cœur. Tu me manques, mon petit Evan. Je songe si souvent à toi, me demandant si tout va bien pour bien, m’inquiétant si tes parents s'occupent bien de toi, me questionnant si tu es toujours aussi curieux et plein de vie... Evan... Je t'aime. Je t'aime, à distance, quoique tu fasses, quoique tu deviennes, et si tu lis un jour ces lignes, sache combien j'étais fier et heureux pour chaque moment que nous avons pu partager.

    Merci, mon petit Evan. Merci pour tout.

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    Mais revenons au présent du récit. Au départ, je ne savais pas quoi faire de ce petit garçon. Ma conduite aurait dû de le mener au premier poste de police que l'on ramène à sa mère. C'était la chose que la plupart des gens feraient, non ? Mais cet enfant, par sa bravoure exceptionnelle, sa détermination fermement ancrée, m'a touché. Je ne pouvais pas l'abandonner. Après tout, il avait déjà fugué. De retour chez lui, il n'y resterait que le temps d'organiser la prochaine. Cela aurait duré jusqu'au jour où il serait parvenu à son objectif et décédé en cours de route. Je ne pouvais l'abandonner. J'ai cédé aux élancements de mon cœur et décidé d'emmener Evan à Royan.

    Quel voyage mouvementé !

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    En arrivant à la Rochelle, Evan m'a guidé

     Ses grands-parents maternels l'y ont souvent emmené en vacances et il connait bien la ville. Il m'a mené au port. Là, nous avons longuement marché au bord des quais en contemplant l'océan et les trois tours. C'était magnifique ! J'en ai profité pour lui raconter toute l'histoire de la cité, en particulier celle des guerres de religions. A ce moment, mon petit Evan m'a surpris en faisant un parallèle avec les terroristes qui sévissent malheureusement à notre époque. Son analyse se révélait si juste. Il songeait aux paroles de sa mère, désireuse d'expulser les étrangers, et les considérait mauvaises, essayant vainement de trouver d'autres solutions plus efficaces. C'est si touchant et rafraichissant d'entendre un enfant réfléchir à des problèmes que les adultes croient maitriser alors qu'ils n'ont aucune prise dessus. Les enfants, sous leur air inoffensif, sont désarmants par leur sincérité et et leur intelligence.

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    Peu après, j'ai décidé de quitter la ville. Je ne voulais y passer la nuit en compagnie d'un aussi jeune garçon. Nous aurions vite été arrêtés. Evan s'est mis à protester et râler. Nous nous sommes rendus à une épicerie pour faire quelques courses mais en sortant il s'est échappé et a a manqué de se faire renverser par une voiture. Quelle frayeur !

    A la suite de cet incident, j'ai vite quitté la Rochelle, agacé. Evan, lui était devenu tout penaud. Quand nous fûmes hors de l'agglomération, à l'écart sur une plage, j'ai voulu le gronder sur sa conduite lorsque Evan s'est mis spontanément à baisser son pantalon d'une expression misérable. Mon cœur s'est aussitôt serré. Il a ensuite ajouté que je pouvais lui donner une fessée comme sa maman faisait toujours après l'une de ses bêtises ou souhaitait le voir plus sage. Un tel traitement m'horripile ! Comment peut-on frapper un enfant ? De qui lui apprend t-on alors ? Que la violence permet de se faire obéir ? C'est une stupidité méprisante ! J'ai abandonné toute idée de sermonner Evan et je l'ai réconforté en lui déclarant qu'un enfant ne devait jamais être puni de cette manière-là.

    Mon petit Evan... J'espère que tu ne reçois plus de fessée. Je l'espère de tout mon cœur.

    Néanmoins, grâce à cet épisode, nos relations sont devenues excellentes. Evan se comportait enfin en petit garçon obéissant mais continuait à m'inonder de questions sur tout ce qu'il voyait. C'était une sensation extrêmement agréable ! J'aime transmettre mon savoir et voir les yeux de mon petit Evan étinceler à chacune de mes réponses se trouvait être le plus beau de tous les plaisirs.

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    Après une nuit passée sur la plage depuis laquelle nous pouvions admirer le fameux fort que l'on aperçoit chaque été à la télévision, nous avions repris la route jusque Rochefort. Sur le chemin, j'ai appris à Evan que c'était là que se trouvait l'arsenal royal où était autrefois construits les navires. Je lui ait parlé naturellement de la fameuse Hermione de la Fayette. Il est devenu aussi excité que moi et souhaitait alors visiter lui aussi le site. Cependant, une fois à Rochefort, nous avons déchanté. Il était justement fermé au public ce jour-là. Quel frustrant manque de chance !

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    Peu avant notre départ, Evan m'a alors annoncé qu'il ne voulait plus aller à Royan voir son père et ne s'intéressait plus à ses parents qui le délaissaient totalement. Son seul et unique était de voyager en ma compagnie sur les routes de France. Il me comparait au fameux Vitalis et lui s'imaginait être le jeune Rémi. A ce moment, mon cœur a saigné. Mais ce n'est rien par rapport à la douleur que je ressens en cet instant en écrivant ces lignes. Evan... Mon petit Evan... Tu es si gentil et attachant. Je lui ait expliqué que ce n'était pas possible car nous pourrions être séparé n'importe quand, citant alors une péripétie du roman avec le procès qui envoya un mois Vitalis en prison obligeant le héros à se débrouiller seul, et que lui devait apprendre auparavant les choses qui lui permettraient un jour de vivre seul. Il a compris et a accepté puis a ensuite promis qu'un jour nous nous retrouverions pour voyager de nouveau ensemble pour toujours.

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    La carte de la Rochelle à Rochefort

    Evan... Mon petit Evan... J'aimerais pouvoir te dire que je t'attends, mais la vérité, c'est que je ne pourrai plus jamais voyager comme je l'ai fait tout le long de cet été 2015. Je ne pourrai plus jamais connaitre cette liberté et cette insouciance. Tel Icare s'approchant trop près du soleil, mes ailes ont brûlé et je suis désormais cloué à vie au sol. Evan.... Mon petit Evan, tu vas devoir voyager seul. Pardon.

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    Après Rochefort, nous avons poursuivi la route. La Tremblade, Marenne... Je me rappelle de chaque paysage contemplé avec toi, Evan, des vagues grondantes de l'océan qui résonnaient à nos oreilles, de tes questions incessantes.... Finalement, nous avons atteint le 25 Juin 2015 Royan, le but que tu t'étais fixé.

    Un petit compagnon remuant

    Royan... Je me rappelle avoir trouvé la ville trop industrialisé à mon goût et moche malgré la présence la présence de l'océan. Evan y est devenu terriblement nerveux, osant à peine manger. Je l'ai exhorté à reprendre courage en lui remémorant tout le parcours qu'il avait accompli et ne pouvait s'arrêter si près du but. Nous nous sommes rendus à la demeure de son père. Il s'est avancé seul jusqu'à l'entrée, brave comme un lion, et a sonné. Son père est apparu et Evan lui a demandé s'il le détestait. L'homme en a été désarçonné, surtout que son fils s'est ensuite mis à pleurer de toutes les larmes de son corps. Mon pauvre petit bonhomme... Tu m'en as brisé le cœur.

    Incapable de rester inactif, je me suis moi aussi avancé pour expliquer au père les raisons de la fugue de son fils. Il en a pâli. Je lui ait sommé de s'expliquer avec lui et il est parti dans le jardin avec son fils.

    Un petit compagnon remuant

    La carte de Rochefort à Royan.

    Resté seul devant l'entrée, je me suis décidé à entrer dans la maison pour les attendre. J'en ai profité pour recharger mon smartphone pour aller observer le père et le fils qui parlaient, assis sur la balançoire. Tous deux pleuraient. Quelle scène touchante ! Dans la pièce, j'ai découvert le téléphone de l'homme et vu les sms de son ex-épouse morte d'inquiétude. Désireux de calmer ses angoisses désormais inutiles, je l'ai appelé. Une sacrée bêtise ! naturellement, cela l'a rendu plus anxieuse d'entendre un inconnu lui dire que son fils allait bien : elle a raccroché en annonçant prévenir la police.

    Sur le niveau de la stupidité, en ce qui concerne ce coup de téléphone, ma bêtise se place très haut.

    Devant cette menace, je me suis dépêché de partir en emportant vite mon smartphone et son chargeur. Sans courir, ce qui aurait paru bien trop suspect, je me suis dirigé d'une allure rapide vers le rapide pour prendre le premier ferry afin de franchir l'estuaire de la Gironde.

    Un petit compagnon remuant

    Moins d'une heure plus tard, j'avais quitté Royan sans un regard e arrière. Mon petit Evan était pourtant juste derrière moi. Mas, en attendant, le voyage continue !

    ~~ Ambulando meus magna erit, superbia magis.~~

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