• A mon réveil, la pluie avait cessé. La faim a commencé à se manifester mais mon esprit lui a ordonné de se taire. Je désirais reprendre la route et récupérer le temps perdu à m'abriter pendant la tempête. En même temps, dans mon esprit, j'entendais Maria narquoise s'exclamer être capable de rester plus de trois jours sans nourriture. Mes poings se serrent immédiatement et je m'avance pour reprendre la route. Pas question de perdre contre elle !

     Toulouse, ô Toulouse !

    Toute la journée, je progresse le long d'une départementale sur laquelle roule de nombreux véhicules. Je ne m'arrête qu'au soir, peu avant que la nuit ne tombe, pour dresser le camp et préparer le repas avant de me coucher.

     

    La petite référence dans le titre à la chanson de Claude Nougaro.

     

    Au petit matin, je reprends la route et arrive de bonne heure dans la fameuse ville rose. L'agglomération doit ce surnom à la couleur de ses tuiles. le saviez-vous ? Je remonte une avenue totalement embouteillée. Les voitures occupent toute la chaussée. Absolument toutes ! Je la regarde à peine et m'installe au bord du fleuve, les pieds suspendus dans le vide, pour profiter de l'excellente connexion Internet pour accéder au compte sur lequel je postais différents clichés et comptes-rendus de mon voyage au jour le jour.

     Toulouse, ô Toulouse !

    Après un long moment passé dans le cyberespace à m'occuper de rédiger des chroniques de mon périple espagnol et à répondre à mes divers commentaires et messages privés, je me suis levé pour partir en exploration de la ville. Mon téléphone a alors sonné : c'était Bernard ! Vous vous souvenez de lui ? Mon ami historien rencontré au château de Chambord !

    Ravi d'entendre à nouveau sa voix, je discute avec lui de mon séjour en Espagne et lui écoute avec plaisir mon récit et mes découvertes, ne connaissant que peu de choses sur ce pays et son histoire. Peu après, la conversation se fit plus personnelle. Il m'a avoué avoir voulu faire connaissance avec ma mère et s'est rendu à l'institution où elle vit.Il a même continué à lui rendre visites plusieurs fois par semaine. Ce dévouement me touche. Savoir que ma mère n'est pas seule, que quelqu'un s'occupe d'elle... J'en suis terriblement reconnaissant.

    Sur le ton de la plaisanterie, je dis qu'il peut sortir avec sa mère et que cela ne me dérange pas. En réalité, Bernard, je ne blaguais pas. J'étais vraiment sérieux. Si tu apprécies ma mère et que tu envisages quelques chose, ne te retiens par peur de me blesser. Je ne souhaite que le bonheur de ma mère et si elle sortait avec quelqu'un comme toi, je suis persuadée qu'elle se porterait bien mieux.

     Toulouse, ô Toulouse !

    Par la suite, Bernard m'apprend que ma mère est affectée par notre dernière conversation où elle a dénigré mes sentiments pour Maria et ma vision de l'amour. Je me sens encore rancunier envers. Bernard le comprend et reconnait qu'elle a été très maladroite de nier ce qu'elle éprouvait mais qu'elle en souffrait. Je ne peux cependant pardonner si vite. Est-ce mesquin ? Est-ce cruel ? Peut-être. Mais d'une autre façon, ce serait trop facile que lui téléphoner tout de suite. Je déclare que j'accomplirai mon cheminement tout le long du Canal du Midi jusqu'à Carcassonne avant de m'appeler. Bernard a accepté ma décision.

    Bernard... Merci d'être un si bon ami pour moi et de me comprendre à chaque fois sans que j'ai besoin d'ouvrir la bouche. A moins que tu ne sois comme un grand frère ? Peut-être. Je n'en ai jamais eu alors je ne sais comment s'établissent au juste les relations fraternelles. Ou peut-être que tu remplaces la figure paternelle que je n'ai jamais eu ? Peu importe. Quoique tu sois pour moi, merci d'être là, toujours à mes côtés quand j'ai besoin de toi.

     Toulouse, ô Toulouse !

    Après cette conversation, je commence à explorer la ville et découvre une petite bibliothèque de quartier très agréable. J'en profite pour recharger mon téléphone tout en profitant du plaisir d'un livre. Je me rends ensuite dans une épicerie pour effectuer mon ravitaillement et aperçois avec surprise mon visage dans un miroir. Quelle stupéfaction ! Ma peau, déjà hâlé de base, est totalement noire ! Mes cheveux ont beaucoup poussé et s'épanchent de tous les côté"s. Mais surtout une barbe orne fièrement mes joues et mon menton. Quel changement incroyablement ! Le garçon que j'étais à mon départ n'existe plus !

    Remis de mon émotion, je termine mes courses puis dirige mes pas vers la Garonne. En suivant son cours, je trouverai le Canal du Midi pour débuter ma nouvelle excursion. En route !

    ~~ Ambulando meus magna erit, superbia magis. ~~


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  • Au petit matin, je me suis réveillé à l'écart du village, dès la première heure l'aube. Mon périple dans les terres espagnoles m'a appris l'art de me lever tôt en dormant peu et mon corps en a vite retenu les principes.

    De retour sur les routes de France, je suis un sentier qui serpente à travers les cols de plusieurs montagnes avant d'atteindre en fin de matinée à une départementale. Aucune voiture n'y circule. Je la longe en continuant à progresser pour arriver en vue de Lourdes.

    Selon vous, qu'ais-je fait ? Eh bien, je ne me suis toujours pas arrêté. Tout comme à Saint-Jacques de Compostelle, cette ville représente un site trop religieux pour l'athée que je suis. Je m'y sentirai agressé toutes les cinq minutes. Par conséquent, je préfère emplir ma vue de ce paysage magnifique découvert depuis une colline avant de reprendre la route.

    Peu à peu, les montagnes disparaissent même si elles continuent de m'accompagner un certain temps en arrière-plan. Que voulez-vous ? De si hauts massifs ne peuvent pas s'évanouir d'un seul coup !

    Dans le milieu de l'après-midi, j'ai atteint Tarbes dont je me suis détourné. Je ne souhaitais pas y entrer. Néanmoins, en restant à une distance proche, j'ai marqué une pause. Ma mère me manquait trop ! Après d'interminables effusions sentimentales téléphoniques, je lui conté mon séjour en Espagne et évoqué mes plus belles découvertes puis j'ai évoqué Maria. Sans doute aurais-je mieux fait de me faire ? Ma mère ne croit plus en l'amour depuis son échec dans son mariage avec l'homme qui est mon géniteur. Elle me dit qu'être amoureux ne m'apporterait jamais que souffrances et douleurs. Maman... Je voudrais tant que tu sois heureuse un jour, malgré la maladie, malgré tes angoisses et tes souvenirs. Maman... Ma maman...

    Néanmoins, peu importe les sermons maternels, je continuerai à croire en l'amour. Maria m'a permis de découvrir quel bonheur ce sentiment diffusait dans l'âme et ma chérie actuelle m'a enseigné combien celui-ci permettait de se dépasser et de devenir une bien meilleure personne. L'amour nous change et nous fait évoluer dans le meilleur sens qui soit.

    Après cette communication téléphonique, je me suis plongé dans mes pensées, perturbé par le sort de ma mère. Perdu dans de tristes réflexions, je n'ai pas vu le temps changer. Pourtant, la pluie m'est tombée dessus sans que je ne réagisse tout de suite. Ce fut seulement en prenant conscience de mes vêtements humides que je compris. Je me suis alors décidée à m'envelopper dans ma couverture, comme d'une tente sommaire, pour me protéger des éléments en attendant la fin de l'averse.

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  • Pendant un temps considérable que je suis incapable d'évaluer, la voiture roule à un rythme rapide. A l'intérieur de l'habitacle, les hommes ne parlent pas, sauf pour évoquer l'itinéraire à suivre. A un moment, le chef demande de baisser le son de l'autoradio qui retransmet les informations françaises.

    Peu à peu, je commençai à me sentir mal à l'aise. La dynamique de ce groupe me paraissait soudain des plus étranges. Je me questionnais... Et s'ils étaient des contrebandiers en cigarettes ou en alcool ? Ou membres d'un tout autre trafic? Je prenais lentement conscience que j'exposais ma vie si on me découvrait dans leur coffre et que mes soupçons s'avéraient fondés. Je m'imaginais déjà au sol, un pistolet derrière la nuque. Je n'était pas une vision agréable. Je me sentais glacé d'effroi mais me forçais à réfléchir. Comme le répétait mon oncle : la raison doit triompher de la passion.

    Invoquer l'esprit de mon cher oncle m'a tout de suite calmé. Vous ais été parlé du grand François? C'était un grand explorateur, méconnu malheureusement, ayant voyagé dans chaque pays de notre planète. Il a été le témoins de bien des spectacles dangereux et connu lui-même quantités d'épreuves censées être insurmontables. Je me souviens de chacune de ses histoires. C'est le héros le plus formidable qui soit ! Il parvenait toujours à franchir les frontières au nez et à la barbe des autorités. Parfois, des soldats russisait à le prendre. Mais il s'évadait toujours. Il m'a conté quelques récits où il avait failli périr plus d'une fois pendu pour ses idées. Il se mêlait de tout, défendant les gens sans défense à la manière d'un héroïque Robin des bois, blessant même parfois des représentants de l'ordre public... Il avait même connu la guerre du Rwanda et s'y était ingéré en rassemblant des enfants pour les conduire en sécurité, loin de tout trouble. Sur un autre continent, il avait organisé une traversée du Rio Grande avec des dizaines de Mexicains. L'histoire s'était cependant mal finie. Tous avaient été pris et renvoyé chez lui pendant que lui avait dû purger trois années de prison avant d'être expulser du territoire des États-Unis.

    Ah ! Mon oncle est vraiment extraordinaire et je souhaite posséder cette même force qui l'animait, capable de tout surmonter.

    Brusquement, la voiture freine. Cela me sort de mes rêveries. Tous mes sens sont en alerte. Que se passe t-il donc ? Un homme râle après la douane volante qui vient de leur sommer de s'arrêter mais le chef lui réplique d'un air tranquille qu'ils ne sont pas des trafiquants et que les douaniers les laisseront vite filer. Cette réponse me rassure. Au moins, je ne risque pas ma vie si on me découvre. Néanmoins, si on fouillait le coffre, on me prendrait pour un clandestin et je finirai dans un poste de police. Ce n'était pas non plus une situation idéale. Je devais trouver un moyen de m'échapper au plus vite.

    Les portières s'ouvrent sans se refermer. Les hommes sont tous descendus. Je sors la tête du coffre, qui ne possède pas de plage arrière, en pensant passer par dessus la banquette et sortir. Brusquement, ma conscience se révolte. Et les vitres ? On va me voir. Quel manque de prudence ! Il faut vraiment que je sois un âne bâté, dépourvu de toute cervelle, pour prendre un risque aussitôt idiot ! Néanmoins, alors que je réfléchis à un meilleur plan, je songe que je suis finalement encore plus bête que ce que j'ai pu penser de moi quelques instants plus tôt. A Pampelune, j'avais observé que les vitres du véhicules étaient en tain et protégeaient l'intérieur des regards. Il fallait vraiment que je sois le dernier crétin pour ne pas me souvenir d'un détail aussi primordial !

    Réagissant à présent rapidement, je sors de ma cachette et me laisse tomber sur la banquette pour ensuite ouvrir délicatement la portière droite. Je perçois alors les voix agacés des hommes et apprend que mes hôtes étaient en réalité des policiers. Le chef s'insurge justement après les douaniers qu'ils doivent les laisser partir mais ces derniers insistent pour faire leur travail. Je souris. Parfait ! Leur ego me facilitait la tâche.

    Debout au pied d'une forte pente, de hautes montagnes m'entourent, les cimes cernées par une brume compacte. Je baisse le regard : la descend promet d'être raide mais elle est jouable. De toute ma manière, c'était mon unique chance d'évasion et elle les conditions se révélaient bien plus faciles que d'être jeté à la mer dans un sac fermé comme avait dpu l'affronter un certain Edmond Dantès. Alors... Alea jacta est !

    Fort de ma résolution, je me jette dans le vide et commence à dévaler la pente. Au début, mes pieds glissent sur le sol et parviennent à contrôler la descente mais très vite vitesse et gravité se joignent au mouvement. je perds rapidement l'équilibre et termine ma course en dégringolant avant d'être finalement expulsé dans un buisson d'ortie. Au moins, ma chute aura été amortie !

    Néanmoins, malgré les élancements de douleurs qui se répartissent dans tout mon corps, je me relève vite en ressentant une euphorie enivrante. Le regard levé vers le sommet, je riais. J'avais passé une frontière avec l'aide de policiers ! Quel beau pied de nez que m'offrait le destin ! Si celui-ci est écrit par un Dieu, comme les religions le prétendent, je pense que cet être suprême possède un sens de l'humour pervers et plus tordu encore que la colonne vertébrale d'une personne atteinte d'une scoliose sévère.

    Aventures dans les Pyrénées

    Je finis par reprendre reprendre conscience que je dois poursuivre ma route. J'ignore où je peux être. Le soleil me renseigne qu'il est midi. En temps humain. J'ai par conséquent beaucoup de temps devant moi. Je me décide à avancer droit devant moi. A un moment donné, un sentier apparaitrait et me ramènerait à la civilisation.

    Tout au long de ma progression, je me régale du spectacle de la nature. D'abord, les cimes impressionnants et les paysages magnifiques amis aussi de l'observation de toutes sortes d'animaux. C'est très divertissant ! J'ai ainsi pu apercevoir des écureuils, un isard trônant depuis son rocher, une biche craintive et même un aigle !

    Aventures dans les Pyrénées

    Aventures dans les Pyrénées

    Après de longues heures de marche, j'ai découvert une rivière nichée dans les montagnes qui m'a mené à un village. J'en ignore encore le nom. Il n'y avait aucun panneau.

    Aventures dans les Pyrénées

    Aventures dans les Pyrénées

    Au départ, le village m'apparaissait désert. C'était comme si celui-ci était abandonné. Puis, sur la place, j'ai découvert la vie locale : quelques hommes jouant à la pétanque, observés par des personnes âgées installées sur des bancs en pierre. Soudain, une douce odeur de tarte aux myrtilles me chatouille les narines. Mon estomac se réveille et se plaint. Je le contrains à s'oublier. Il n'a pas faim : le repas offert par Miguel remonte à dix heures. Il pourra tenir encore bien plus longtemps.

    Deavnt moi, j'aperçois la mairie mais aussi les lettres qui forment le mot bibliothèque sur la  façade. Je me précipite et découvre une dame très gentille auprès de laquelle j'explique être un randonneur qui souhaite utiliser une des prises de ce local pour recharger son téléphone. Elle accepte et propose même de la documentation pour des circuits que je refuse poliment. Si elle savait !

    Pendant le temps de charge, j'étudie un peu les étapes que je compte accomplir eh France puis m'attarde à feuilleter les rayonnages contenant exclusivement des ouvrages que je connais tous par cœur. J'ai cependant beaucoup de plaisir à relire un Sac de billes de Joseph Josso.

    Vers le début de la soirée, la bibliothèque ferme. Je récupère mon téléphone pleinement chargé et part chercher un coin pour y dormir Demain reprendra le voyage qui, à son terme, me ramènerait au point initial. 

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  • Perdu dans l'obscurité de la nuit, seulement guidé par le simple rayonnement de la lune comme torche électrique, je cherche la nationale. Mon but est simple : trouve une voiture qui acceptera de me conduire jusqu'au plus près de la frontière française. Imaginez-vous que je triche ? Oui, je sais, j'avais annoncé que mon voyage s'effectuerait par l'unique force de mes pieds mais je n'en avais pas le choix. Rappelez-vous : je dois regagner mon point de départ pour la rentrée. Or, nous étions déjà le 23 Juillet 2015 et il m'a fallu plus de trois semaines pour traverser toute l'Espagne. Je ne disposais pas du luxe de refaire ce trajet en sens inverse. J'ai ainsi choisi la solution du stop pour économiser du temps et me ramener au plus près de mon pays natal.

    Lorsque j'ai atteint la route goudronnée qui sinuait dans les collines montagneuses, j'ai posé un instant mon sac pour y prendre un briquet. Je ne m'attendais pas à apercevoir une voiture à une heure aussi tardive. J'imaginais continuer ainsi ma route jusqu'à Lavacolla qui se situait à une heure et demie de marche de Saint-Jacques de Compostelle. De là, je me disais que je trouverai un banc pour y dormir jusqu'au matin et chercher ensuite un conducteur qui accepterait de me prendre à son fort jusqu'au plus près de la frontière. Néanmoins, je préférais être prévoyant : les chances étaient certes maigres mais pas non plus inexistantes.

    Alors que je progressais le long de la chaussée, j'ai soudain aperçu des phrases dans mon dos. Immédiatement, j'ai actionné mon briquet et tendu haut la flamme dans l'espoir que le conducteur la remarque. En vain. Il ne s'est pas arrêté. Il n'a même pas amorcé un ralentissement. Je me remets à marcher et découvre quelques plus mètres le véhicule stationné sur le bas-côté. Pourquoi ? J'imagine une panne. A ce moment, je crois entendre la voix de Maria qui me dit que c'est peut-être un signe de Dieu pour inciter les gens à se montrer généreux. Je rétorque que c'est un simple fait du hasard et que ma présence sur cette route n'aurait rien changé à ce fait.

    Soudai, la portière s'ouvre et le conducteur s'avance vers moi. Méfiant, je me tiens sur la défensive, prêt à me battre si celui-ci m'attaque. Néanmoins, à ma stupeur, il me demande si c'est bien qui agitait une lueur au bord de la route. Incroyable ! Alors il avait malgré tout décidé de s'arrêter pour un inconnu... Les êtres humains ont vraiment des réactions imprévisibles.

    Afin de gagner sa confiance, je raconte un demi-mensonge en expliquant être un étudiant profitant de l'été pour se rendre en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle mais que je cherchais à présent à regagner vite la frontière pour être à temps chez moi pour la rentrée. Je précise venir de Rouen. L'homme est impressionné et sourit. Il ajoute connaitre assez bien la France pour y avoir passé quelques années dans le cadre d'un Eramus et est désormais un représentant vendant des produits à travers tout son pays. Il me confie se rendre à Pampelune et m'invite à monter avec lui. J'accepte avec plaisir tout en le remerciant de sa grande générosité.

    Alors que m'installe dans la voiture, l'homme m'annonce se nommer Miguel Vasquez. Nous n'avons guère le temps d'échanger davantage : à peine le moteur est relancé que mes yeux se ferment. Mon corps s'assoupit pour se plonger dans un long sommeil réparateur.

    J'en profite pour vous montrer toute la carte de l'Espagne :

    Adieu, Espagne !

    Eh oui ! J'ai parcouru un très long chemin entre la frontière et mon objectif, n'est-ce pas ?

    Le lendemain matin, le soleil est déjà haut quand Miguel me réveille en douceur. Nous sommes déjà à Pampelune : il a roulé toute la nuit. Mon compagnon m'invite à prendre le petit-déjeuner en sa compagnie mais m'interdit de refuser malgré toutes mes vaines protestations. Tant pis ! J'en profite pour me remplir le ventre de nombreuses viennoiseries nourrissantes.

    Après ce copieux repas, nous nous disons adieu. Je le remercie encore pour sa formidable générosité. A la suite de cette séparation, je commence à errer seul dans les rues de Pampelune afin de visiter la ville mais la vision de nombreux couples enlacés tendrement, s'embrassant, se faisant des caresses, me noue le ventre. Je songe naturellement à Maria et toute la douleur que représente son absence en moi. Mes entrailles sont nouées. Je me sens vide, comme si une partie essentielle de mon âme s'était subitement désagrégée. Néanmoins, celle qui reste est forte et déteste l'image du garçon que je suis en train de me devenir.

    Révolté, sans songer un instant du lieu dans lequel je me tiens, je me gifle pour me sortir de ces pensées ô combien dangereuses. Je me décide à quitter l'Espagne pour me soustraire aux souvenirs qui m'y rattache. Je me dis que je ne songerai plus alors à Maria. Quelle naïveté.

    Cherchant un moyen de passer illégalement la frontière, je passe au hasard devant un hôtel et je perçois à ma surprise des voix qui s'expriment en français. Quel choc ! Cela fait des semaines que je n'ai pas entendu des sons de ma langue maternelle ! Ce sont trois hommes qui n'ont rien de touristes. D'abord, leur tenue n'est pas celle de vacanciers. Bien trop stricte. Ensuite, ils chargent leurs valises dans un véhicule dont les vitres sont en tain. Ce détail m'interpelle beaucoup. Qui sont-ils donc ?

    Dissimulé derrière une autre voiture en stationnement, je les observe avec une attention accrue. Celui qui parait être le chef annonce aller payer la note de l'hôtel. un second s'éloigne aussi. Il n'en reste plus qu'un qui se tortille sur le trottoir, animé apparemment par un besoin plus que pressant, et finit par partir en courant. Je souris. L'occasion est trop belle ! Je dois la saisir !

    Sans une once d’hésitation, je me précipite et saute dans le coffre demeuré grand ouvert. Quelle aubaine ! Derrière la rangée de bagages fit une vieille couverture miteuse. Je la soulève puis m'étend sur le flanc pour masquer la présence du sac vissé sur mon doc et l'étend ensuite sur tout mon corps. Pourvu que cela suffise ! Pourvu qu'ils ne me remarquent ! C'est ma meilleure chance de passer la frontière ! Je les ait entendu : ils vont à Perpignan. Dès leur premier arrêt en France, je trouverai le moyen de leur fausser compagnie.

    J'ai tout juste achevé de me cacher que j'entends les hommes revenir et retient un soupir de soulagement. Un d'eux s'approche du coffre mais pour s'y asseoir. Il se retire vite quand le chef appelle pour ordonner de monter en voiture. Hourra ! Ils n'inspectent rien ! Je suis sauvé ! Ils vont me faire traverser la frontière sans le savoir !

    Le cœur gonflé par l'espoir de revoir mon pays natal, j'écoute la voiture démarrer au milieu de la conversation et des cris de l'auto-radio. Je quitte l'Espagne, cette terre que j'ai pourtant profondément aimé. Prochaine étape : la France ! 

    ~~ Ambulando meus magna erit, superbia magis. ~~


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  •  Depuis la colline, les lueurs de la cathédrale semblent nous attirer, tels des moustiques appâtés par le rayon d'une torche électrique ou d'une lampe de chevet. Je remplis mes yeux d'admiration puis tourne le dos.

    La fin du rêve

    A partir de ce moment, je vais vous retranscrire toute la conversation que j'ai eu avec Maria. Chacun de ses mots, chacun de mes mots, je me souviens aussi précisément que si nous les avions prononcé la veille. 

    Moi :  "Parfait ! Je peux rentrer chez moi !"

    Cette déclaration ne laisse pas ma compagne indifférente. Elle sursaute puis s'arrache à la contemplation de l'édifice illuminé et se tourne dans ma direction.  Son visage dépeint une surprise totale.

    Maria :  "Quoi ? Mais nous ne sommes pas encore à Saint-Jacques de Compostelle ! Il doit y avoir encore quelques kilomètres à faire avant et... D'ailleurs, tu ne veux pas visiter la ville ? Tu visites chaque lieu où tu te rends !"

     Je me retins de hausser les épaules. Je préfère garder un regard joyeux, réjoui par l'exploit que je viens d'accomplir.

    moi : "Cet endroit ne représente rien pour moi, Maria, Sauf un exceptionnel défi né de mon orgueil. Quand j'ai décidé de passer l'été à voyager, je ne voulais pas être un stupide ado fugueur mais donner un véritable sens à mon aventure."

    Le visage de Maria s'assombrit. A quoi pense son esprit ? Elle ouvre la bouche :

    Maria :  "C'est vrai que tu es athée. Mais alors je ne comprends vraiment pas. Pourquoi venir jusqu'ici si c'est pour repartir sans visiter les lieux ? Juste pour le voyage ? C'est stupide !"

    Je lui avait déjà expliqué plusieurs fois ma réponse à cette question. Néanmoins, elle est sans doute trop abstraite et personnelle pour qu'un autre que moi soit apte à la saisir dans toute sa profondeur.

     Moi :  "Non, cela revêt d'une signification authentique. Pendant des siècles, malgré les dures conditions de leurs époques respectives, les pèlerins de toute l'Europe n'ont jamais cessé d'affluer jusqu'ici. Au péril de leur vie. J'ai souhaité être capable de marcher dans leurs traces. Sans avoir la foi, j'ai voulu prouver que je pouvais moi aussi réaliser cet exploit. Et... Et je l'ai fait !"

    Je marque un instant une pause pour emplir mes poumons de l'air frais espagnol. Je savoure intérieurement ma victoire en songeant à toutes les épreuves qui se sont dressées le long de mon chemin depuis mon départ. Je poursuis :

    Moi :  "Depuis mon départ de Rouen, j'ai vu tant de choses, appris beaucoup, rencontré de nombreuses personnes... J'ai marché sur les routes de France, visité des châteaux, vu des villes que je ne connaissais que par les livres, contemplé des paysages à couper le souffle, gravi des montagnes, enduré la faim, connu la soif, subi le froid... En seulement deux mois, j'ai davantage vécu qu'en quinze ans. C'est comme si... Oui, je crois que j'ai deux naissances. La première, comme tout le monde, quand je suis sorti du ventre de ma mère. Mais je suis né une seconde fois le jour où j'ai quitté le foyer. Je suis devenu une autre personne. Une personne qui décide et capable de prendre soin d'elle-même."

    Après un laïus aussi émouvant, je laisse échapper un faible soupir qui résume tous les sentiments que mon âme éprouve en cet intant.

    Moi : "Je suis ravi d'être venu jusqu'ici, seul, par mes propres moyens. J'ai prouvé ce que je voulais me prouver à moi-même. Je connais à présent ma valeur et je peux rentrer pour utiliser la force que j'ai découverte tout au long de mon voyage dans la vie de tous les jours."

    Maria m'écoute tout le long de mon discours sans m'interrompre une seule fois. Son regard devient cependant humide. Se retient-elle de pleurer ? Elle ouvre la bouche :

    Maria :  "Je comprends. Alors c'est ici que nous nous séparerons..."

    Malgré me sentiments profonds que j'avais pour elle, je ne suis pas triste, même pas choqué. je le sentais venir. Je sentais que notre relation évoluait et qu'elle devenait distante. Même nos baisers et nos caresses avaient perdu de leur fouhue et de leur passion.Je ne m'attendais pas toutefois à une séparation si nette et brutale. Mais si cela devait être ainsi... A Dieu va !

    Moi : " Qu'as-tu l'intention de faire ? Visiter le site ? Et ensuite ?"

    Malgré notre séparation qui s'amorçait, j'essaie de garder encore du temps avec elle, de la retenir un instant de plus avec moi, d'en savoir davantage sur elle. Son visage baigne dans la lumière de la ville et parait incroyablement serein.

    Maria : "Je compte effectivement me rendre jusqu'à cette ville qui rayonne là-bas, ET je vais sûrement y rester plusieurs années."

    Je la fixe avec stupeur. Qu'envisage t-elle ? Dans sa situation, une jeune fille mineure, en fugue, ne peut rester longtemps dans une même ville sans attirer l'attention. A quoi pense t-elle ? Je note cependant son air amusé, cherchant encore à se moquer de moi.

    Maria : " J'ai l'intention de devenir religieuse. Je sais que tu ne comprendras pas. Tu n'y crois pas. Mais pendant notre voyage, je n'ai pas juste senti la présence de Dieu. J'ai entendu l'Appel. Dans mon cœur, j'ai perçu la voix du Christ me soufflant enfin la voie à suivre. Je le sens que c'est ce que je dois faire, que c'est ma place."

    Moi :  " Euh.... "

    Maria : " Depuis que j'ai su l'entendre, tout s'est éclairé. Cette sensation de malaise que j'avais dans les villes, avec ma famille, mes amies, à l'école... Je ne suis pas adaptée à cette société. Je ne veux plus y vivre. Je veux vivre avec Dieu, pleinement avec lui, et loin de l'égoïsme ambiant et de la cruauté qui règnent sur cette terre."

    A cet instant, je ne savais plus penser. Mon esprit entendait ses mots mais les comprenaient à peine. C'était une scène incroyablement surréaliste. J'ai fini par prononcer quelques paroles par réflexe.

    Moi :  "Ah oui... Eh bien, je crois que c'est un projet intéressant."

    D'un sourire moqueur, Maria me donne brusquement une bourrade dans le ventre qui m'obligent à émerger de la torpeur émotionnelle dans laquelle son annonce m'a plongé.

    Maria :  "Alors ? Tu n'as aucune critique ? Tu ne dis pas que c'est stupide ? Tu me déçois ! Moi qui m'attendait à une avanie de reproches ! Tss !"

    J'étais gêné que ma compagne puisse penser cela de moi. Si elle avait réfléchi autant sa décision, je ne m'en serai jamais moqué. Jamais. Par ailleurs, même sur le moment, même si j'étais choqué, j'ai songé malgré tout que ce serait effectivement la meilleure place pour elle.

    Moi :  "Pardon,. Mais non, voyons. Je ne moquerai pas de toi. Si tu as pris une aussi sérieuse décision, c'est que tu as bien réfléchi auparavant et que tes intentions sont pures. Alors ce n'est vraiment pas mon genre de m'en prendre à quelqu'un sur ses croyances. Je suis athée mais respectueux. Cela dit..."

    Cela dit, une idée me tourmentait. Je devais lever l'incertitude au point de risquer autrement la folie.

    Moi : "Je me demande quand même... Qu'est-ce qui t'a amené à faire un tel choix ? C'est un peu étrange d'avoir une relation riche avec un garçon pour décider brusquement de rentrer dans les ordres quand on s'en sépare. Ma question va sans doute être présomptueuse mais... Mais je t'ai dégoûté des hommes ? Il y a quelque chose en moi qui t'a déplu ?"

    Elle a éclaté aussitôt de rire.

    Maria : "Imbécile ! Ma vocation n'a rien à voir avec toi ou de n'importe quel garçon. C'est un choix de vie. Une préférence. Mais si tu veux être rassuré, il n'y a rien en toi, Romain, qui m'ait déplu. Tu es au contraire la personne la plus extraordinaire que j'ai pu rencontrer. La meilleure qui soit ! J'étais vraiment, vraiment, très heureuse avec toi. Nous avons voyagé ensemble, ri ensemble, parlé ensemble, vu des choses ensemble... Tout ce que nous avons vu fait, c'était génial ! Ah ! Je suis la fille la plus heureuse au monde pour t'avoir connu !"

    Encore aujourd’hui, ce compliment ne me réjouit pas. Il continue uniquement de mettre mal à l'aise. Quelque chose ne va pas, je le sens, mais je suis incapable de le comprendre.

    Moi :  "Vraiment ?" 

    Maria : "Assurément !  Tu n'es pas juste quelqu'un de fort et de courageux qui a pris la route. Tu es aussi terriblement honnête, un travailleur infatigable et incroyablement responsable. Mais surtout, pour moi, ta plus belle qualité, c'est que tu es d'une gentillesse infinie et rare. Quoiqu'il arrivait, tu te souciais sans cesse de moi et tu faisais tout pour me protéger, y compris de moi-même. Je n'avais encore jamais connu cela. Tu es... Ah ! Je suis vraiment heureuse d'avoir pu rencontrer une personne aussi exceptionnelle et je ne t'oublierai jamais !"

    Moi : "Maria... Euh... Merci pour tous ces compliments. Mais je ne crois pas être aussi formidable que tu sembles le penser. Enfin..."

    Je me décide à prononcer à mon tour quelques compliments pour lui rendre hommage et lui témoigner de ce que j'ai aimé en elle.

    Moi :  "J'ai moi aussi beaucoup apprécié les moments que nous avons passé ensemble. Tu étais vraiment amusante, mignonne, attachante... Nos conversations sont ce qui me plaisaient le plus. D'abord, j'ai beaucoup appris sur l'Espagne grâce à toi. Mais aussi, tu avais souvent des points de vie très éloignés des miens et c'était formidable de pouvoir en débattre ensemble. J'étais vraiment bien avec toi, Maria, et moi non plus je ne t'oublierai jamais."

    Le visage radieux de Maria s'illumine davantage et m'adresse un sourire tendre. Elle me prend les mains et les place dans les siennes.

    Maria :  "Bientôt, tu rencontreras quelqu'un d'autre. Probablement une fille qui ne me ressemblera pas. Tu désires rejoindre la société, alors elle sera sûrement plus sage et raisonnable que je le suis. Je ne la connais pas mais je sais déjà que qui qu'elle soit, elle sera la fille la plus heureuse au monde, simplement parce qu'elle sera aimée par toi."

    A cet instant, je ne croyais pas ses paroles. pour moi, il ne pouvait y avoir une autre que Maria. Peu à peu, j'ai accepté l'idée d'une nouvelle rencontre qui saurait à nouveau me rendre heureux même si j'ai dû attendre de très longues semaines avant que cette douleur me perçant le cœur se taise enfin. Et puis, un jour, sans que je m'y attende, l'amour est revenu à moi. Merci, ma chérie, d'avoir été là ce jour-là. Je t'aime. 

    Moi : "Tu as peut-être raison. Tu sais, avant de te rencontrer, je ne croyais pas vraiment à l'amour. Mais je sais maintenant que je peux aimer, que c'est une chose vraiment incroyable, fort et génial... Je n'en ai plus peur. Je me sens capable d'avoir une autre histoire si je rencontre un jour une personne qui ait assez d'esprit et de caractère pour me tenir tête. Qui sait ? Elle saura peut-être même elle aussi me mettre à terre !"

    Maria :  "Je vous souhaite d'être heureux tous les deux, toi et cette fille que tu rencontreras bientôt."

    Moi :  "J'espère pouvoir tout faire pour l'être. Mais il y a une promesse que je veux te faire, Maria. Peu importe si je rencontre une autre fille dont je tombe amoureux, demain, ou dans un mois, dans un an, ou dans dix, peu importe si je reste avec elle seulement quelques semaines ou toute ma vie, peu importe tous les moments que je vivrai avec elle, dans mon cœur il restera toujours une place où je conserverai ma vie durant les souvenirs du temps passé ensemble. Tu es mon premier amour, Maria Lacias, et rien ni personne ne saura l'effacer."

    Maria :  "Tu es gentil. Comme toujours. Mais tu m'oublieras. Dès que tu seras avec cette fille, je n'existerai plus."

    Si tu ces lignes, Maria, où que tu puisses te trouver, tu vois que je ne t'ai pas oublié. J'aime celle avec laquelle je suis en couple. Je l'aime plus que tout au monde. Mais malgré la force de cet amour, tu ne t'effaceras pas de ma mémoire. Les souvenirs de nos moments partagés ensemble resteront gravés pour toujours en moi. J'en répète cette promesse que je t'ai adressé un an plus tôt devant Saint-Jacques de Compostelle.

    Soudain, Maria retire brusquement ses mains des miennes. D'un seul coup, on dirait que toute chaleur fuit mon corps. Je me sens gelé comme si c'était l'hiver. Elle recule de plusieurs pas, sans se retourner, et arbore un petit sourire timide.

    Maria :  "Cessons de nous attarder maintenant et reprenons chacun notre route ! Nous avons déjà décidé de notre vie, n'est-ce pas ? Alors tenons-nous y et arrêtons de tergiverser !"

    Sa détermination me procure un sentiment confus que je tente de lui garder d'un air enjoué. En y repensant, j'étais vraiment affreusement pitoyable :

    Moi :  "Euh oui... Tu as raison. Après tout, au moins, je pourrais me vanter d'être un homme ayant eu le grand privilège de déflorer une religieuse ! Ah ah ! Enfin voilà... En tous les cas, Je suis ravi de t'avoir connu, Maria Lacias, et je te souhaite de connaître le meilleur avenir qui soit."

    Maria :  "Pareillement pour toi ! Hasta lavista !"

    Ce sont les derniers mots que j'aurai entendu sortir de sa bouche. Sans autre forme de cérémonie, dans sa hâte habituelle, elle s'est retournée et a dévalé la pente de la colline.

    Ce que j'ai fait ? Rester immobile quelques instants, incapable de bouger, ni même de penser. Finalement, je me suis résolu à reprendre la route. Je devais impérativement le faire avant que la douleur ne s'installe en mon âme. Je ne l'ai pas compris. Je l'ai ressenti. Par instinct. Je me suis tourné et cherché ma route.

    Cette fois-là, je n'ai pas marché pour voyager. Je marchais pour survivre. 

    ~~ Ambulando meus magna erit, superbia magis. ~~


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