• Aventures dans les Pyrénées

    Pendant un temps considérable que je suis incapable d'évaluer, la voiture roule à un rythme rapide. A l'intérieur de l'habitacle, les hommes ne parlent pas, sauf pour évoquer l'itinéraire à suivre. A un moment, le chef demande de baisser le son de l'autoradio qui retransmet les informations françaises.

    Peu à peu, je commençai à me sentir mal à l'aise. La dynamique de ce groupe me paraissait soudain des plus étranges. Je me questionnais... Et s'ils étaient des contrebandiers en cigarettes ou en alcool ? Ou membres d'un tout autre trafic? Je prenais lentement conscience que j'exposais ma vie si on me découvrait dans leur coffre et que mes soupçons s'avéraient fondés. Je m'imaginais déjà au sol, un pistolet derrière la nuque. Je n'était pas une vision agréable. Je me sentais glacé d'effroi mais me forçais à réfléchir. Comme le répétait mon oncle : la raison doit triompher de la passion.

    Invoquer l'esprit de mon cher oncle m'a tout de suite calmé. Vous ais été parlé du grand François? C'était un grand explorateur, méconnu malheureusement, ayant voyagé dans chaque pays de notre planète. Il a été le témoins de bien des spectacles dangereux et connu lui-même quantités d'épreuves censées être insurmontables. Je me souviens de chacune de ses histoires. C'est le héros le plus formidable qui soit ! Il parvenait toujours à franchir les frontières au nez et à la barbe des autorités. Parfois, des soldats russisait à le prendre. Mais il s'évadait toujours. Il m'a conté quelques récits où il avait failli périr plus d'une fois pendu pour ses idées. Il se mêlait de tout, défendant les gens sans défense à la manière d'un héroïque Robin des bois, blessant même parfois des représentants de l'ordre public... Il avait même connu la guerre du Rwanda et s'y était ingéré en rassemblant des enfants pour les conduire en sécurité, loin de tout trouble. Sur un autre continent, il avait organisé une traversée du Rio Grande avec des dizaines de Mexicains. L'histoire s'était cependant mal finie. Tous avaient été pris et renvoyé chez lui pendant que lui avait dû purger trois années de prison avant d'être expulser du territoire des États-Unis.

    Ah ! Mon oncle est vraiment extraordinaire et je souhaite posséder cette même force qui l'animait, capable de tout surmonter.

    Brusquement, la voiture freine. Cela me sort de mes rêveries. Tous mes sens sont en alerte. Que se passe t-il donc ? Un homme râle après la douane volante qui vient de leur sommer de s'arrêter mais le chef lui réplique d'un air tranquille qu'ils ne sont pas des trafiquants et que les douaniers les laisseront vite filer. Cette réponse me rassure. Au moins, je ne risque pas ma vie si on me découvre. Néanmoins, si on fouillait le coffre, on me prendrait pour un clandestin et je finirai dans un poste de police. Ce n'était pas non plus une situation idéale. Je devais trouver un moyen de m'échapper au plus vite.

    Les portières s'ouvrent sans se refermer. Les hommes sont tous descendus. Je sors la tête du coffre, qui ne possède pas de plage arrière, en pensant passer par dessus la banquette et sortir. Brusquement, ma conscience se révolte. Et les vitres ? On va me voir. Quel manque de prudence ! Il faut vraiment que je sois un âne bâté, dépourvu de toute cervelle, pour prendre un risque aussitôt idiot ! Néanmoins, alors que je réfléchis à un meilleur plan, je songe que je suis finalement encore plus bête que ce que j'ai pu penser de moi quelques instants plus tôt. A Pampelune, j'avais observé que les vitres du véhicules étaient en tain et protégeaient l'intérieur des regards. Il fallait vraiment que je sois le dernier crétin pour ne pas me souvenir d'un détail aussi primordial !

    Réagissant à présent rapidement, je sors de ma cachette et me laisse tomber sur la banquette pour ensuite ouvrir délicatement la portière droite. Je perçois alors les voix agacés des hommes et apprend que mes hôtes étaient en réalité des policiers. Le chef s'insurge justement après les douaniers qu'ils doivent les laisser partir mais ces derniers insistent pour faire leur travail. Je souris. Parfait ! Leur ego me facilitait la tâche.

    Debout au pied d'une forte pente, de hautes montagnes m'entourent, les cimes cernées par une brume compacte. Je baisse le regard : la descend promet d'être raide mais elle est jouable. De toute ma manière, c'était mon unique chance d'évasion et elle les conditions se révélaient bien plus faciles que d'être jeté à la mer dans un sac fermé comme avait dpu l'affronter un certain Edmond Dantès. Alors... Alea jacta est !

    Fort de ma résolution, je me jette dans le vide et commence à dévaler la pente. Au début, mes pieds glissent sur le sol et parviennent à contrôler la descente mais très vite vitesse et gravité se joignent au mouvement. je perds rapidement l'équilibre et termine ma course en dégringolant avant d'être finalement expulsé dans un buisson d'ortie. Au moins, ma chute aura été amortie !

    Néanmoins, malgré les élancements de douleurs qui se répartissent dans tout mon corps, je me relève vite en ressentant une euphorie enivrante. Le regard levé vers le sommet, je riais. J'avais passé une frontière avec l'aide de policiers ! Quel beau pied de nez que m'offrait le destin ! Si celui-ci est écrit par un Dieu, comme les religions le prétendent, je pense que cet être suprême possède un sens de l'humour pervers et plus tordu encore que la colonne vertébrale d'une personne atteinte d'une scoliose sévère.

    Aventures dans les Pyrénées

    Je finis par reprendre reprendre conscience que je dois poursuivre ma route. J'ignore où je peux être. Le soleil me renseigne qu'il est midi. En temps humain. J'ai par conséquent beaucoup de temps devant moi. Je me décide à avancer droit devant moi. A un moment donné, un sentier apparaitrait et me ramènerait à la civilisation.

    Tout au long de ma progression, je me régale du spectacle de la nature. D'abord, les cimes impressionnants et les paysages magnifiques amis aussi de l'observation de toutes sortes d'animaux. C'est très divertissant ! J'ai ainsi pu apercevoir des écureuils, un isard trônant depuis son rocher, une biche craintive et même un aigle !

    Aventures dans les Pyrénées

    Aventures dans les Pyrénées

    Après de longues heures de marche, j'ai découvert une rivière nichée dans les montagnes qui m'a mené à un village. J'en ignore encore le nom. Il n'y avait aucun panneau.

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    Aventures dans les Pyrénées

    Au départ, le village m'apparaissait désert. C'était comme si celui-ci était abandonné. Puis, sur la place, j'ai découvert la vie locale : quelques hommes jouant à la pétanque, observés par des personnes âgées installées sur des bancs en pierre. Soudain, une douce odeur de tarte aux myrtilles me chatouille les narines. Mon estomac se réveille et se plaint. Je le contrains à s'oublier. Il n'a pas faim : le repas offert par Miguel remonte à dix heures. Il pourra tenir encore bien plus longtemps.

    Deavnt moi, j'aperçois la mairie mais aussi les lettres qui forment le mot bibliothèque sur la  façade. Je me précipite et découvre une dame très gentille auprès de laquelle j'explique être un randonneur qui souhaite utiliser une des prises de ce local pour recharger son téléphone. Elle accepte et propose même de la documentation pour des circuits que je refuse poliment. Si elle savait !

    Pendant le temps de charge, j'étudie un peu les étapes que je compte accomplir eh France puis m'attarde à feuilleter les rayonnages contenant exclusivement des ouvrages que je connais tous par cœur. J'ai cependant beaucoup de plaisir à relire un Sac de billes de Joseph Josso.

    Vers le début de la soirée, la bibliothèque ferme. Je récupère mon téléphone pleinement chargé et part chercher un coin pour y dormir Demain reprendra le voyage qui, à son terme, me ramènerait au point initial. 

    ~~ Ambulando meus magna erit, superbia magis. ~~

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